Week end à Cuenca,
2 au 5 novembre 2006
Mercredi soir, 22h. Au terminal de bus de la Panamericana Internacional, l’ambiance est au départ en week-end. Quelle bonne idée, pour un voyage d’une dizaine d’heures, d’avoir choisi cette compagnie un peu luxueuse, bien que presque au même prix que les autres. C’est la première fois dans un bus équatorien que mes genoux ne sont pas écrasés sur le siège de devant quand je suis assise, et que je peux reposer ma tête sans qu’elle ne dépasse du siège. La nuit précédente ayant été un peu courte, viva Halloween, le sommeil vient vite. Voyager de nuit ne permet pas d’admirer le paysage magnifique, mais en même temps on a moins peur de tomber dans un ravin ou de se prendre un autre bus quand on dort !
Le jeudi matin, on arrive à Cuenca avec un magnifique soleil. La première mission du jour : trouver un hôtel, alors qu’ils sont tous pleins pour les fêtes de Cuenca qui ont lieu en ces premiers jours de novembre.
Après plusieurs tours dans le quartier, au passage très joli sous ce beau soleil, Camille, une amie française rencontrée ici et momentanément handicapée du genou après une chute dans un trou, décide de se poser un peu. Là, une dame sort providentiellement de son hôtel et demande si l’on est à la recherche d’un hôtel, oui, une chambre pour cinq, c’est exactement ce qu’il nous faut. Les Gringos qui l’occupent sont censés partir, la chambre n’est pas encore libre mais en attendant on peut déposer nos affaires dans un salon. Et surtout prendre une bonne douche, qui réveille juste un peu.
La mission logement étant accomplie, du moins c’est ce que l’on croyait mais la suite viendra plus tard, on part se balader dans le centre de la ville. C’est effectivement très joli, le passé colonial est présent dans chaque pierre et dans chaque couleur.

La Catedral Nueva, située sur la Plaza Calderón, est plutôt étonnante : la façade et les tours sont en briques, et elle est surplombée de plusieurs coupoles. L’intérieur est, en revanche, impressionnant de sobriété, surtout après avoir visité quelques église de Quito, couvertes d’or et de couleurs. Ici le marbre domine, des grandes colonnes un peu roses aux petits autels de marbre blanc, seul l’autel principal est doré. Une petite note fantaisiste tout de même, enfin à mon goût : à l’entrée, une immense statue de Jean-Paul II, qui est venu en 1985, dont le réalisme contraste avec les lignes brutes de la cathédrale.
Lorsque l’on sort, la foule est assise sur les trottoirs de l’une des rues qui mène à la place. Evidemment, on se joint au monde et, sans même savoir quoi, on attend sous ce soleil décidément bien plus réveillé que nous. C’est finalement un peu décevant : j’aurais aimé voir passer une procession religieuse en ce Dia de los Difuntos, et au lieu de ça on a eu droit à un défilé des reines de beauté de tous les quartiers de Cuenca, entrecoupé d’un petit orchestre et de pauvres majorettes en pull et bottes de fourrure qui n’avaient pas franchement l’ai ravies d’être là.
Après un café encore pire que celui du matin, on va traîner sur les rives du Rio Tomebamba, le fleuve principal de Cuenca qui est en fait un petit fleuve de montagne, presque à sec. Une petite foire de l’artisanat est installée, mais on commence franchement à voir les mêmes choses partout.

L’après midi commence par un supposé spectacle de marionnettes qui est en fait avant tout une autre feria d’artisanat et de nourriture typique, même si on arrive après l’heure de l’almuerzo. Après-midi plutôt tranquille, donc, les marionnettes n’étaient pas trop adaptées à notre âge mais elles ont bien fait rire le jeune public, et ça fait beaucoup de bien de voir des enfants rire dans ce pays.
En fin de journée, on trouve un peu par hasard un festival de danses traditionnelles sur une place remplie de monde. Il s’agit en fait d’un concours, ou des indigènes venus de plusieurs communautés rivalisent de couleurs, d’acrobaties et de musiques bien folkloriques. C’est franchement chouette, les couleurs m’ont particulièrement séduite même si le soleil couchant ne m’a pas aidée à prendre de bonnes photos.

Après ça on traîne un peu dans la ville, l’ambiance est plutôt calme à part un concert de mérengué sur la Plaza Calderón, mais visiblement les Cuencanais n’ont pas l’air très motivés pour danser. Le centre n’est donc pas l’endroit pour sortir, en revanche le quartier de l’hôtel est un peu plus animé. Mais ce qui bugge, c’est l’hôtel. Quand on rentre un peu tard, elle nous dit que finalement les Gringos de l’autre chambre ne sont pas partis, mais elle a tout de même fait de son mieux pour nous trouver des lits et un endroit pour servir de chambre. Bon, on n’a que quatre lits pour cinq, et sa chambre est le salon du matin, avec des draps en guise de portes. Et une chambre sans porte, c’est franchement gênant surtout quand les voisines sont des américaines hystériques qui ne comprennent pas bien la nuance entre parler et hurler, elles crient dans tout l’hôtel dès 7h du mat, sans raisons apparentes mais ça a l’air d’être leur façon de communiquer entre elles. Et bien sûr, je passe sur l’unique salle de bains pour tout l’étage, une bonne quinzaine de personnes. On se rend vite compte, en particulier quand on essaye de négocier le prix de la chambre justement parce que ça n’en est pas une, que la chère propriétaire loue en fait sa maison en hôtel et exploite ses fils pour faire le maximum de fric, en profitant évidemment du fait que tous les hôtels de la ville sont plus ou moins pleins et que l’on a pas d’autre option que de rester une nuit de plus.
Mais la journée de vendredi commence tout de même bien, vers midi, avec un super petit déjeuner au Cafecito, le café hôtel juste à côté où l’on s’empresse de réserver pour le lendemain. Nouvelle mission du jour : trouver des places dans un bus pour rentrer à Quito le dimanche soir. Donc, direction terminal des bus et finalement, c’est relativement simple.
Sans trop de plans pour l’après midi déjà un peu avancée, on se dirige vers une feria de comida à l’autre bout de la ville qui est en fait un immense marché avec des quantités impressionnantes de légumes, de fruits inconnus et bien appétissants, de viandes nettement moins appétissantes mais le plus souvent encore vivantes et de quelques produits de la mer arrivés ici après un périple sûrement beaucoup trop long. Et ce cher poissonnier de me prendre pour une idiote quand je lui demande d’où ils viennent : de la côte, me répond-t-il, merci mon ami je me serais doutée que ça ne venait pas de Quito ! Au final, ces crabes à moitié violets viennent de Guayaquil, et c’est toujours trop loin pour que des fruits de mer arrivent frais. Dans un stand on prépare une spécialité nationale, le cuy à la braise ! Pour les incrédules, il s’agit bien d’un cochon d’inde. Ils en raffolent !
Après l’avalanche de nourriture et la foule, on se dirige vers un tranquille petit musée du panamá, le fameux chapeau qui n’est pas fabriqué au Panama mais dans la région de Cuenca. Je n’ai pas retenu suffisamment de choses de la visite pour raconter ici le procédé de fabrication du panama, juste qu’ici ils ne coûtent franchement pas aussi cher que dans nos magasins de chapeaux, avis aux amateurs de couvre-chefs !

Bon, je vais abréger un peu, histoire que ça ne me prenne pas autant de temps de raconter ce week-end que de le vivre. Après un autre marché artisanal un peu plus achalandé et un seco de pollo à 5h de l’après-midi, on traîne un peu dans les rues de Cuenca mais sans vraiment trouver où sont censées se dérouler les noches cuencanas. Le quartier de l’hôtel, où au passage on rencontre des Français en vacances, bouge tout de même un peu et on a du en faire quelques fois le tour.
Le samedi matin n’est évidemment pas très matinal, et après la lutte pour la douche on quitte avec joie l’hôtel de « la vieja posada », qui au passage ne signifie pas la « vieille possédée » comme on l'a longtemps pensé, mais la "vieille auberge"; pourtant elle avait bien une tête de sorcière avec ses cheveux gris hirsutes et son sourire indécollable.
Evidemment, dans l’autre hôtel non plus nos chambres ne sont pas libres, ç’aurait été trop facile, mais ils ont de la place dans un dortoir, c’est beaucoup plus drôle ! Après un autre super petit déj’, vous noterez à quel point le week-end a été gastronomique, direction le terminal terrestre pour trouver un bus vers le Parque Nacional Cajas, à une bonne demi-heure de Cuenca.
On galère un peu mais finalement la chance semble être avec nous puisque l’on trouve par hasard un bus partant dans les 5 minutes ! Mais tout bien réfléchi, vu la conduite absolument suicidaire du chauffeur je ne sais pas si chance est le mot qui convient. On arrive tout de même en vie à l’entrée du parc et grâce à notre nouvelle carte d’identité de demi équatoriennes, et à un peu d’embobinage des gardes parce que seulement Kristell et moi l’avons, on réussit à entrer au tarif équatorien et non touriste, soit 1,5$ au lieu de 10 ! Ca valait la peine de patienter quelques heures aux services de l’immigration pour obtenir la désormais fameuse cédula.
Arrivées en haut, on est dans un autre monde. Le parc est à 3 900m d’altitude, cette fois pas de volcans comme dans le Cotopaxi mais des montagnes et des lagunes. C’est magnifique, même si ce n’est pas complètement nouveau pour moi puisque ça ressemble aux lagunas de Mojanda où je suis allée il y a deux semaines, et qu’évidemment je n’ai pas eu le temps de raconter ici.

Mais c’est tout de même beaucoup plus grand, avec des montagnes dans toutes les directions et une lagune cache derrière chacune d’elle. Il y aurait de quoi passer des jours à marcher dans ce parc, au milieu de cette végétation si particulière, notamment je crois le para du páramo, l’écosystème caractéristique des montagnes andines à ces altitudes. On n’a pas des jours mais on fait tout de même un bon petit tour dans cet environnement bien différent et complètement dépaysant. Bon, les seuls animaux qu’on ait réussi à apercevoir étaient des lapins, désolée pour l’exotisme !
Après ce mini trek court mais bien agréable, retour à Cuenca dans un bus arrêté sur le bord de la route, tout confort et tout vide : le luxe, un bus pour nous quatre ! Je commence ce samedi soir bien fatiguée après notre expédition, mais finalement l’énergie revient pour un mythique jeu de cartes dans notre dortoir.
Et c’est bien fatiguées mais pleines de bonne volonté que l’on entame notre dernier jour à Cuenca, à 8h tout le monde sur le pont et direction, une nouvelle fois, le terminal. Selon les guides, il y a plusieurs petits villages aux environs de Cuenca qui méritent d’être visités pour leurs activités artisanales et leur animation du dimanche.

(si vous cherchez l'animation, elle est en arrière plan!)
Dans le premier, Gualaceo, on trouve en effet un marché grouillant de monde sur une jolie place entourée d’une petite église et d’un joli parc. Le week-end gastronomique continue avec une énorme tranche de piña, de l’ananas mais qui n’a rien à voir avec le fruit un peu fade et acide que l’on mange en France. On croise également un stand du cher candidat Noboa, lequel a solennellement promis de construire 300 000 logements en un an s’il est élu, ce qui fait tout de même 800 par jour ! Mais monsieur ne s’arrête pas à ces considérations logiques et appelle tout citoyen qui a envie d’avoir une maison à lui à venir s’inscrire dans ces petits stands sur la place du marché. C’est tellement affligeant qu’aujourd'hui ça me fait sourire, pourtant ce n’est pas drôle de voir tous ces gens qui attendent pour écrire leur nom sur une liste que personne ne lira jamais.
Le second village, Chordeleg, est réputé pour ses commerces de bijoux en or et en argent à bas prix. En effet, sur la place principale on trouve une église, très jolie de l’extérieure mais immonde à l’intérieur, toute verte, et tout autour des bijouteries et des boutiques pour touristes. Ce n’est peut-être pas cher mais pour ce que j’en ai vu, ce n’est pas non plus très beau donc l’intérêt est déjà bien moindre. Disons que ça ne correspondait pas franchement à nos goûts, les métaux étaient trop travaillés et trop brillants, et l’on s’est donc rapidement éloignées de la place principale pour arriver vers le quartier où le village vit vraiment. Et je crois qu’on était les seules touristes à venir manger un cholaffan à la table de cantine de tous les équatoriens ce jour là.
Le troisième village, Sigsig, qui arrive après une nouvelle sieste en car, est encore moins touristique et il y a encore moins de choses à voir, le seul atelier de fabrication et de vente des panamas n’était ouvert que le matin. Mais on a au moins l’impression de voir réellement l’Equateur, c’est toute cette partie du pays encore un peu étrangère que l’on croise en flânant dans les petites rues pleines de gens vivant leur vie, faisant leurs courses ou rentrant chez eux.
Notre retour sur Cuenca nous montre des paysages magnifiques, et la pluie vient annoncer la fin de notre week-end ensoleillé. On a encore le temps de se promener un peu dans la ville, de traîner dans un énième marché et de s’arrêter regarder des jongleurs, et de déguster un délicieux pie de maracuya, une tarte aux fruits de la passion, avant de monter dans le bus pour Quito.
Et après une petite nuit dans le bus, c’est reparti comme un lundi même si le boulot parait loin et que ce week-end a paru durer bien plus. Enfin, je ne repars pas très longtemps puisque ce mardi je me dirige, justement pour le boulot, vers l’entrée de l’Amazonie, à Puyo puis Tena.
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